Rapport Europe Best Ideas 2025
Par : Robert Fagin, James Rossiter, Chris Krueger, Roman Schweizer, Jaret Seiberg, John Miller, Paul Gallant
mars 25, 2025 - 8 minutes 30 secondes
Aperçu :
- Les changements potentiels des politiques internationales américaines en matière de défense, de finances et industrielles ouvrent de nouvelles perspectives pour l’Union européenne (UE).
- L’économie européenne semble être à un tournant, soutenue par la hausse du ratio d’emploi, le revenu solide des ménages et une économie saine dans les pays du sud de l’UE.
- Nous pourrions assister au début d’une guerre commerciale de longue durée avec les États-Unis, entraînant de nouveaux accords commerciaux négociés avec d’autres pays, y compris la Chine.
- Les efforts visant à stimuler l’économie interne et la sécurité pourraient donner des résultats plutôt modestes en 2025, mais ils influenceront probablement la croissance en 2026 en raison d’une hausse des dépenses dans les infrastructures et la défense.
Le rapport Europe Best Ideas de TD Cowen est une publication annuelle qui présente les principales recommandations de placement de nos analystes parmi les actions cotées en Europe et axées sur l’Europe (ainsi que les celles de sociétés européennes cotées aux États-Unis). En outre, notre Groupe de recherche sur Washington a recueilli un ensemble de points de vue sur des sujets relevant des politiques européennes, comme les droits de douane, les dépenses de l’OTAN, la situation de l’Ukraine et un possible retrait des États-Unis des organismes mondiaux de réglementation financière. James Rossiter, notre chef, Stratégie macroéconomique mondiale, apporte un regard complémentaire sur les tensions entre les moteurs positifs (économie relativement bonne, investissements internes) et négatifs (droits de douane) des marchés européens.
Thèmes ressortant de la politique américaine
Perspectives macroéconomiques/commerce
À compter du 1er avril, les États-Unis exigeront des droits de douane de 25 % sur l’acier et l’aluminium à l’UE, laquelle compte riposter. Il faut s’attendre à ce qu’une vague de droits de douane frappe l’UE dès le mois prochain, en particulier le déficit au chapitre du commerce des biens, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), la taxe sur les services numériques et l’impôt minimum mondial de 15 % au titre du Pilier Deux du plan de l’OCDE.
Sécurité géopolitique et défense
Les dépenses dans la défense de l’OTAN pourraient augmenter considérablement en raison des inquiétudes au sujet des menaces russes et de la politique de sécurité des États-Unis. Nous croyons que les dépenses de l’UE continueront d’augmenter au cours des trois à cinq prochaines années. Les achats de l’UE et de la Grande-Bretagne pourraient favoriser les « champions nationaux », mais nous sommes d’avis qu’il y aura encore d’importantes occasions pour les États-Unis et d’autres pays (la Corée du Sud, notamment) en raison de la demande et de la capacité.
Secteur financier
Nous nous attendons à ce que les États-Unis reculent par rapport aux organismes mondiaux de réglementation financière, ce qui mettrait en péril des décennies d’efforts faits pour harmoniser les régimes en matière de capital et de politiques. Cette conjoncture pourrait créer des occasions pour les banques européennes.
Transition énergétique et durabilité
Les efforts de l’administration Trump pour augmenter les exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) vers l’UE pourraient être compliqués par une désescalade de la guerre en Ukraine, ce qui entraînerait probablement un nouvel accès de la Russie aux marchés énergétiques de l’UE. Associés à l’incertitude quant à la fiabilité des États-Unis en tant que partenaire commercial, nous restons prudents quant au volume des nouveaux engagements.
Technologie, médias et télécommunications
Comme les tentatives précédentes de la Commission européenne (CE) de réglementer les plateformes technologiques américaines ont échoué, nous pressentons que la CE cherchera à porter atteinte à la technologie américaine.
À un tournant?
L’économie européenne a repris de la vigueur au cours de la dernière année, mais le monde a changé depuis. Si la dynamique sous-jacente reste saine pour l’instant, le territoire est aussi bien confronté à d’importantes menaces que devant de belles occasions. À court terme, les guerres commerciales devraient frapper durement le territoire, mais à moyen terme, une urgence renouvelée d’accroître les dépenses budgétaires (en particulier dans le secteur de la défense) offrira des occasions de croissance.
En 2024, non seulement l’économie européenne s’est redressée comme prévu, mais elle a même dépassé nos attentes (qui étaient prudentes). Cette tendance s’est poursuivie à un rythme soutenu en 2025, comme en témoigne la divergence entre les marchés boursiers européens et américains. Mais, même s’il y a des segments de force sous-jacents à l’économie européenne qui devraient la soutenir jusqu’en 2025 et après, des nuages s’amoncellent toutefois à l’horizon et pourraient faire dévier le continent de sa trajectoire très rapidement.
Thème 1 : Bases relativement bonnes
Le contexte macroéconomique, en particulier dans la zone euro, présente toujours des forces notables.
Les ménages sont relativement aisés
Contrairement à d’autres pays du G10, comme les États-Unis, le Canada et le Royaume-Uni, le marché de l’emploi de la zone euro a fortement rebondi après la COVID-19 et continue de se renforcer au fil du temps. Le taux de chômage demeure à 6,2 %, un creux record. Et contrairement à bon nombre de ses pairs, le ratio d’emploi a continué d’augmenter dans la zone euro, selon la tendance qui prévalait avant la COVID. C’est le signe d’un marché du travail en santé; les travailleurs entrent sur le marché du travail en masse et trouvent du travail. L’augmentation des salaires, bien qu’elle ralentisse légèrement, demeure également relativement forte dans la zone.
Dans l’ensemble, de nombreux travailleurs ont bénéficié de hausses de salaire décentes, ce qui signifie que les ménages se sentent relativement à l’aise. Il est donc un peu surprenant que les dépenses des consommateurs demeurent inférieures à la tendance pré-COVID-19 à l’intérieur de la zone. C’est en grande partie parce que les ménages continuent de détenir d’importantes d’épargnes et que leur taux d’épargne demeure historiquement élevé et toujours supérieur aux niveaux d’avant la COVID-19.
D’une part, ce fait soulève des questions sur les raisons pour lesquelles les ménages ne demeurent pas suffisamment confiants pour dépenser leurs gains (la guerre aux portes de l’Europe explique probablement en partie ce phénomène), mais d’autre part, il signifie que si les ménages retrouvent cette confiance pour dépenser, les dépenses des ménages pourraient stimuler l’économie. Pour les entreprises des secteurs des biens et des services qui servent directement les ménages, cela pourrait constituer un coussin à l’avenir.
Le Sud stimule la croissance dans la zone
Contrairement à il y a 10 ans, la croissance en Europe est alimentée par les économies d’Europe du Sud, comme l’Espagne, le Portugal et la Grèce. Les économies du Nord, comme l’Allemagne, sont en difficulté; l’économie allemande a reculé au cours des deux dernières années, mais les perspectives s’améliorent. L’Europe se prépare ainsi à un rare équilibre des politiques de relance, dans lequel les taux directeurs de la Banque centrale européenne (BCE) peuvent être fixés de manière appropriée pour l’ensemble de la zone, tandis que la politique budgétaire historiquement conservatrice de l’Allemagne peut être simultanément assouplie afin de résoudre les problèmes structurels de ce pays. Bien que la dynamique sous-jacente soit généralement constructive, le continent se trouve à un tournant, et des menaces et des occasions se profilent à l’horizon.
Thème 2 : Le contexte extérieur pose des défis à court terme
Les droits de douane perturbent la croissance et entraînent l’inflation différemment aux États-Unis par rapport au reste du monde. Nous sommes convaincus que les droits de douane augmenteront l’inflation aux États-Unis et réduiront la croissance mondiale. Leur impact sur la croissance aux États-Unis et l’inflation mondiale est moins certain, mais selon nous, il est plus probable qu’ils aient un faible effet négatif.
Nous nous attendons à ce que des droits de douane élevés soient imposés aux exportations de l’UE au début du mois d’avril dans le cadre de la politique américaine d’imposition de droits de douane dits « réciproques » à l’échelle mondiale. La riposte de l’UE sera soigneusement étudiée et guidée sur des règles. Ainsi, un premier ensemble de droits de douane sur les importations américaines vers l’UE en avril ne sera que le début de ce qui pourrait devenir une guerre commerciale exacerbée et prolongée.
Les répercussions de la politique tarifaire des États-Unis touchent non seulement le commerce direct entre les États-Unis et leurs partenaires, mais aussi d’autres relations commerciales. Par exemple, à mesure que les États-Unis s’isolent du reste du monde, nous nous attendons à ce que l’Europe approfondisse ses relations avec la Chine. Ce rapprochement pourrait aider à compenser certaines des répercussions directes des droits de douane américains, mais nous tenons également à souligner que la nature inégale des droits de douane entre les pays (par exemple, 40 % pour la Chine) causera des distorsions à l’extérieur des États-Unis. Par exemple, nous nous attendons à ce que les produits chinois exclus du marché américain en raison de leur prix puissent se retrouver sur d’autres marchés et exercer une légère pression à la baisse sur l’inflation en Europe et ailleurs.
Thème 3 : Le contexte intérieur devrait être bon pour la croissance à moyen terme
Alors que l’Europe est soumise aux caprices de la géopolitique mondiale, elle se concentre davantage sur les moyens de stimuler son économie intérieure afin de favoriser la croissance et de s’armer. Récemment, deux grands plans de dépenses ont été dévoilés, tous deux étant encore en phase de développement, les dirigeants s’attelant aux détails et aux processus d’approbation.
Ces deux programmes sont les suivants :
1. Réarmer l’Europe
Les dirigeants de l’UE ont proposé un ensemble de mesures visant à remodeler l’Europe, qui est présenté comme un programme s’élevant à 800 milliards d’euros.
2. Réformes fiscales en Allemagne
Le nouveau chancelier Merz met en place un ensemble de dépenses et de réformes sous l’égide de l’ancienne majorité parlementaire.
À notre avis, les mesures de relance ne devraient pas avoir d’incidence importante sur l’économie de l’UE en 2025, mais nous nous attendons à ce que les dépenses en défense et en infrastructures augmentent quelque peu en 2026. L’écart à combler est immense; certaines estimations suggèrent que l’UE doit dépenser 250 milliards d’euros de plus par année pour la défense (ou environ 1,5 % du PIB), dont une grande partie proviendra des pays de l’OTAN qui dépensent le plus, si les politiques le permettent.
L’Europe à un tournant
Tant que l’Europe ne subit pas de chocs importants, sa croissance devrait continuer de se redresser légèrement à partir de maintenant, et surtout en 2026, tandis que l’inflation continue de fléchir vers la cible (plus lentement au Royaume-Uni). Mais à court terme, les chocs sont à l’ordre du jour, et une guerre commerciale avec les États-Unis devrait peser sur la croissance jusqu’au milieu de l’année 2025. Pour les responsables de la politique monétaire, l’incertitude est le nerf de la guerre, et la BCE trace une voie très peu engageante, tandis que la Banque d’Angleterre (BdE) procède à un assouplissement progressif. Pour la BCE, dont le taux de dépôt est de 2,50 %, nous croyons que la politique est à peu près neutre. Les droits de douane d’avril devraient ouvrir la porte à de nouvelles réductions ce mois-ci et en juin et pourraient porter le taux de dépôt à 2,00 %. Les pressions à long terme devraient amener la BCE à relever ses taux pour les ramener à 2,50 %. Pour la BoE, qui n’a pas à s’inquiéter des contre-mesures, son attention se porte plutôt sur le marché intérieur, notamment sur la stabilité des salaires et l’inflation sur les services, permettant au comité de politique monétaire d’assouplir lentement sa politique.
L’Europe est à un tournant. Si des menaces pèsent sur les perspectives à court terme, des occasions se présentent, d’autant plus que la zone perçoit de plus en plus l'intérêt de travailler ensemble et de prendre des décisions audacieuses. La façon dont la zone s’adaptera à la géopolitique, à l’incertitude commerciale et à la guerre façonnera le continent pour les années à venir.
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