Invité : Hugues Simard, chef des finances, Québecor
Animateur : Vince Valentini, directeur général, Recherche sur les actions, TD Cowen
L’analyste de TD Cowen, Vince Valentini, discute avec Hugues Simard, chef des finances de Québecor. Ensemble, ils discutent des perspectives de croissance actuelles et du contexte concurrentiel dans le secteur canadien des services sans fil, ainsi que son évolution depuis l’acquisition de Freedom Mobile en avril 2023. Hugues partage également la clé pour trouver le bon équilibre entre la tarification et le volume.
Ce balado a été enregistré le 12 novembre 2024.
[MUSIQUE]
PRÉSENTATRICE : Bienvenue à Insights de TD Cowen. Ce balado réunit des penseurs de premier plan qui offrent leur éclairage et leurs réflexions sur ce qui façonne notre monde. Soyez des nôtres pour cette conversation avec les esprits les plus influents de nos secteurs mondiaux.
[MUSIQUE]
VINCE VALENTINI : Merci beaucoup et bienvenue à notre balado sur le marché canadien des services sans fil. Je m’appelle Vince Valentini. Je suis analyste en télécommunications pour le Canada chez TD Cowen.
Je suis ravi d’accueillir aujourd’hui le soi-disant perturbateur du marché canadien des services sans fil, j’ai nommé Québecor, qui possède la marque Freedom Mobile, et son chef des finances, Hugues Simard, pour discuter des récentes tendances du marché des services sans fil. Ce marché est plutôt tumultueux depuis un an, un an et demi, soit depuis que Québecor est sortie de son marché d’origine au Québec pour devenir un acteur des services sans fil quasi national grâce à l’acquisition de Freedom Mobile, après l’importante fusion entre Rogers et Shaw. Hugues, merci beaucoup de nous avoir rejoints cet après-midi pour cette conversation.
HUGUES SIMARD : C’est un plaisir, Vince. Il s’agit de mon premier balado, alors je suis très enthousiaste, merci de m’avoir invité.
VINCE VALENTINI : Tout d’abord, j’aimerais savoir ce que vous pensez de la croissance du marché des services sans fil au Canada. De toute évidence, on a enregistré une croissance record du nombre d’abonnés en 2022 et 2023, en partie grâce à la forte hausse de l’immigration et la croissance de la population dans son ensemble. Aujourd’hui, beaucoup pensent qu’on va connaître un ralentissement considérable après cette croissance exceptionnelle. On a atteint le chiffre de 1,71 million d’abonnés en 2023.
Depuis le début de l’année, le marché a reculé de 6 % sur 12 mois au cours des neuf premiers mois. Le rythme n’est alors pas très différent de celui de l’an dernier. Mais je pense que de nombreuses personnes s’attendent à un ralentissement encore plus prononcé. Que pensez-vous de la croissance globale du marché des services sans fil par rapport à celle de la population? Ce marché peut-il soutenir un million de nouveaux abonnés ou plus par année?
HUGUES SIMARD : Eh bien, Vince, comme vous le savez, il y a plusieurs facteurs en jeu pour anticiper la croissance future du marché. On a beaucoup parlé, notamment dans les médias, des initiatives du gouvernement visant à réduire l’immigration et les étudiants étrangers. Comme vous le savez, ces groupes contribuent grandement à la croissance du marché des services sans fil.
Je pense qu’on commence à voir les répercussions de certains de ces changements ou initiatives gouvernementales. Alors, il est vraiment difficile de répondre à cette question. Pour être honnête, chez Freedom et Vidéotron, on n’a pas encore constaté de répercussions importantes sur notre dynamique. Mais je pense qu’il serait stupide de penser qu’il n’y aura aucun impact.
De toute évidence, Freedom en particulier, comme vous le savez, a une offre très ciblée, affiche un très bon rendement et, comparativement, un très bon rendement pour les immigrants, les nouveaux abonnés et les étudiants étrangers qui achètent un forfait sans fil pendant quelques mois ou quelques années. Est-ce que ça va vraiment avoir un impact? Je pense que ce sera probablement le cas, mais on n’en est pas certains. Honnêtement, ce sera probablement aussi important que ce que prévoient les plus pessimistes.
Je pense qu’il existe également d’autres dynamiques ou phénomènes qui continuent d’exister. Il est de plus en plus fréquent de prendre plusieurs téléphones ou plusieurs lignes. Les adolescents et les enfants ont des téléphones de plus en plus tôt dans leur vie. Alors, selon nous, certaines de ces situations vont non seulement se poursuivre, mais elles vont probablement s’accélérer.
Le marché est porteur et en croissance. Est-ce qu’il sera un peu moins performant que ce qu’on a vu? Oui.Je pense que ce serait la conclusion d’une vision réaliste ou prudente. Mais on a confiance en Freedom, et puis, par exemple, je parlais d’immigration, mais l’impact sur ce segment sera peut-être un peu moins important. Bien sûr, il représente un marché cible de premier ordre pour Freedom.
Mais d’un autre côté, Vince, Vidéotron a toujours eu de très mauvais résultats auprès des immigrants. Alors, au final, en regroupant Freedom, Vidéotron et Fizz, vont-ils être en mesure de poursuivre sur leur lancée? C’est ce qu’on croit. Mais pour répondre à votre question, je pense qu’il serait réaliste de penser qu’il y aura, peut-être, une légère diminution progressive à l’avenir.
VINCE VALENTINI : Merci. Je vais revenir sur une partie de votre réponse pour m’assurer que c’est bien clair. Avoir une deuxième ligne téléphonique, avoir un téléphone de plus en plus jeune, en effet, ça devrait laisser penser que le marché des services sans fil au Canada va continuer de croître. Selon vous, les facteurs de croissance ne proviennent pas tous de la population. Il y a une bonne pénétration, et ça devrait se poursuivre.
HUGUES SIMARD : Oui.On le voit au Québec, c’est certain. Comme vous le savez, le Québec a toujours accusé un certain retard en ce qui a trait à la pénétration des services sans fil, mais l’écart commence à se combler. Et on s’attend à ce que le taux de pénétration continue d’augmenter au Québec. Dans l’ouest de la province, on pense que ces comportements que j’ai décrits vont continuer à exister.
Alors, oui, je pense qu’il y a encore une marge de pénétration. Est-ce que ça va suffire pour compenser une baisse importante de l’immigration? Je ne sais pas. Mais honnêtement, on estime, de notre côté, que l’on connaît actuellement une dynamique assez bonne. Il y aura peut-être un peu de recul, mais pas de là à dire... Je ne suis pas aussi pessimiste que certains autres analystes l’ont été jusqu’à maintenant, je pense.
VINCE VALENTINI : Excellent. On va passer maintenant de la croissance du marché à votre propre croissance. Évidemment, une partie de votre croissance se fait au détriment des trois grands concurrents, car vos prix et l’amélioration de la qualité du service grugent une partie de votre part de marché. Alors, au vu de la croissance du marché et des gains de parts de marché que vous avez obtenus, que faut-il penser de ces 352 000 nouveaux abonnés que votre entreprise vient d’obtenir au cours des 12 derniers mois, et que vous avez évidemment annoncés dans la publication de vos résultats la semaine dernière?
Est-ce que 352 000 est un bon chiffre? Est-ce que c’est encore mieux que ce que vous pensiez, est-ce que ce n’est pas encore tout à fait ce qu’il faudrait ou ce que vous souhaiteriez, ou est-ce qu’une moyenne autour de 350 000 est plutôt bonne et durable?
HUGUES SIMARD : Comme vous le savez, et on en a déjà parlé, on ne calcule pas forcément... On ne se fixe pas nécessairement un objectif chiffré de nouveaux abonnés. Tout simplement parce qu’on estime qu’il est difficile de nous fixer un chiffre précis, de 350 000 ou autre, en nombre de nouveaux abonnés nets annuels, car on n’exerce pas nos activités en vase clos, bien sûr, et ça dépend vraiment de la façon dont la concurrence va réagir à nos divers programmes et initiatives.
Comme vous le savez, le niveau de concurrence a évolué depuis qu’on a pris le contrôle de Freedom il y a un peu plus de 18 mois. Actuellement, depuis quelques mois, on est dans un environnement concurrentiel que je qualifierais de plus rationnel.
Mais comme on l’a souligné lors de notre annonce trimestrielle de la semaine dernière, les concurrents continuent de se battre, et mettent maintenant leurs marques de troisième gamme dans la course, des marques plus agressives, qui n’ont pas tous les services que propose Freedom qui se situe davantage au niveau de leurs marques plus défensives.
Mais, après tout, ils restent concurrentiels. Ce que je veux dire, c’est que la concurrence est toujours féroce sur le plan des prix. Alors, tout dépend de l’avenir. Alors qu’on va tenter de poursuivre sur notre lancée, on a toujours dit que l’on continue à... on parvient de plus en plus à changer cette image, à changer la perception de Freedom.
Lorsqu’on a acheté Freedom, c’était une marque bon marché destinée aux acheteurs prêts à tolérer un réseau de qualité basique, pour être franc. Au cours des 18 derniers mois, on a travaillé dur sur tous les fronts, concernant la performance du réseau, la couverture mondiale, le service à la clientèle, l’expérience client, les canaux de vente, l’efficacité des services de détail, etc.
Et on a l’impression d’être en assez bonne posture. C’est pourquoi on estime, par exemple, que nos offres liées à la rentrée scolaire et même au Vendredi fou s’inscrivaient dans une démarche un peu moins provocatrice, comme vous l’avez dit dès le début, peut-être un peu moins osée, afin de voir comment la concurrence allait réagir.
Tout ça pour dire qu’il est difficile de... 350, c’est... On est satisfaits de notre rendement en ce moment, concernant l’équilibre entre la dynamique et l’ajout d’abonnés net d’une part et la marge, la stabilité de la marge et un peu de croissance d’autre part, et on pense qu’à ce stade du cycle, c’est probablement le bon équilibre pour nous. Mais ça ne signifie pas nécessairement que c’est le bon équilibre pour l’avenir.
Il sera alors important de faire le bilan après la période du Vendredi fou, par exemple, ou après les quelques semaines à venir. La fin de l’année est aussi une période importante pour nous. On verra ensuite, au début de l’année, où on en est. Mais on est certainement satisfaits de notre équilibre actuel entre le rendement et la marge. Oui.
VINCE VALENTINI : Je sais que vous ne divulguez pas le nom de vos abonnés par marque. Alors, vous avez trois marques, Vidéotron et Fizz au Québec et Freedom et Fizz à l’extérieur du Québec. De façon générale, peut-on dire que même si vous avez eu une approche un peu moins provocatrice ou agressive pendant la rentrée scolaire et au cours des deux ou trois derniers mois en général, ça n’a pas nui à votre élan à l’extérieur du Québec?
Là où vous constatiez de la vigueur pour Freedom auparavant, vous avez continué de l’observer même après la politique de prix et les promotions un peu moins agressives, alors que les 350 000 nouveaux abonnés étaient plutôt captés par la marque Vidéotron au Québec? Je suppose que ce n’est pas le cas.
HUGUES SIMARD : Tout à fait. Oui, ce que vous avez dit est exact. Selon nous, c’était le signe ou la preuve du plan qu’on avait défini très clairement lorsqu’on a acheté Freedom, de pouvoir, en tout cas au début, et pendant un certain temps, une période qui devait évidemment être définie au fur et à mesure de notre progression, de pouvoir compter sur un avantage de prix, sur un tarif plus avantageux au début, en réussissant, avec un peu de chance, et si tout se passait comme prévu, à diminuer cet avantage au fil du temps.
Et c’est exactement ce qui semble se produire. Je pense que ça montre qu’on fait ce qu’il faut pour obtenir tout ce que j’ai évoqué il y a quelques minutes, qu’il s’agisse de la performance du réseau ou de la couverture, qui était, en passant, de loin la plainte la plus importante et le plus grand irritant qu’on avait repérés de la part des abonnés de Freedom lorsqu’on a repris la marque, et la principale raison du taux de désabonnement, qui était très élevé, et demeure élevé, selon nous, dans le cas de Freedom.
Mais il continue de diminuer trimestre après trimestre. On est clairement sur la bonne voie. Alors, oui, je suis d’accord avec vous pour dire que, comme on l’avait prévu et espéré, je pense qu’on est en mesure de se concentrer de plus en plus sur la marge et de moins en moins, si on peut le dire ainsi, sur l’avantage de prix.
VINCE VALENTINI : On va maintenant parler du revenu moyen par utilisateur,le RMPU, et de ce que ça pourrait signifier pour votre propre entreprise et peut-être aussi pour le secteur. Évidemment, votre nombre de nouveaux abonnés est excellent et votre volume, élevé. Certaines personnes pensent qu’une baisse de 6 % du RMPU n’est pas suffisante et que vous pourriez faire mieux. Je pense que vous avez compris que je suis de cet avis.
Peut-on espérer que les mesures que vous prenez pour être un peu moins agressif se traduiront par une meilleure croissance du RMPU au cours des prochains trimestres, et peut-être par une stabilisation de votre situation au lieu d’une baisse continue? Je vous pose la question sur le court terme pour l’instant. J’aurai peut-être la même question sur le long terme plus tard.
HUGUES SIMARD : Eh bien, oui. D’après ce que vous venez de dire, oui. C’est logique. Et c’est ce sur quoi on travaille. C’est normal, comment dire, d’essayer de garder cette dynamique, de trouver de nouveaux abonnés, puis d’essayer de les faire passer au niveau supérieur avec des forfaits d’itinérance, pour leur offrir une itinérance plus étendue, d’autres fonctionnalités ou plus de données, selon l’évolution de leurs besoins.
C’est clairement l’objectif et le plan. Mais d’autres facteurs entrent en jeu, comme vous le savez, en tenant compte du RMPU et du fait que nous avons trois marques. L’effet de dilution de Fizz et Freedom par rapport à Vidéotron s’atténuera, s’améliorera au fil du temps, mais il ne disparaîtra pas instantanément, comme vous le savez.
Alors, même si je suis d’accord avec la première partie de votre question, le fait que vous suggérez ou sous-entendez qu’il est logique qu’on examine le RMPU qui, concernant Freedom, se stabilisera à un moment donné, avant de croître à nouveau par la suite. N’oubliez pas que pendant un certain temps, l’effet dilutif des autres marques qui ont un bon rendement ne fera que maintenir la pression sur le RMPU.
Alors, il faut vraiment, je suis d’accord avec vous sur ce point, et on fait tout ce qu’on peut pour que le RMPU ne continue pas de baisser à 6 %. Il a été à 6 % pendant deux ou trois trimestres. Tous ces atouts dont on a parlé devraient nous amener à réduire cette baisse.
Mais je pense qu’il serait irréaliste de notre part de penser que, à court terme, il y aura une sorte de... oui, on peut considérer que l’effet de la réévaluation est en partie terminé. On peut même dire majoritairement terminé, dans notre cas. Mais l’effet dilutif devrait persister pendant un certain temps encore. La réponse courte aurait peut-être été une amélioration du rendement, avec des baisses moins marquées à l’avenir.
VINCE VALENTINI : Et à plus long terme, ai-je raison de dire que Vidéotron a commencé avec un rabais important sur le prix au Québec, mais qu’au cours des dix dernières années, la marque a graduellement gagné une image de marque de qualité, aussi bonne que ses concurrents plus anciens, et que, de ce fait, le prix n’est plus nécessairement le premier levier utilisé au Québec?
Est-ce la même philosophie dans le reste du Canada, c’est-à-dire que dans un premier temps, Freedom et Fizz doivent jouer un peu plus sur les prix, en évoluant ensuite vers une tarification plus rentable et moins de rabais par rapport aux trois grands concurrents, sur une période de trois, quatre ou cinq ans?
HUGUES SIMARD : Exactement. Exactement. Comme vous le savez, il y a deux choses à prendre en compte. Lorsqu’on a pris le contrôle de Freedom, on a acheté cette marque parce qu’on estimait qu’elle nous offrait l’occasion de gagner en dynamique et en rendement à court terme, ainsi qu’en parts de marché, étant donné que les prix étaient exceptionnellement élevés au Canada anglais par rapport au Québec, aux États-Unis, et certainement par rapport à l’Europe, mais c’est une autre question.
Notre approche à court terme était alors très claire, on allait opter pour une approche de prix plus bas. Je pense qu’on a aussi été assez transparents sur le fait qu’on a simplement suivi, à bien des égards, la recette qui nous a offert le succès dans notre province d’origine, le Québec. Bien sûr, il y a des différences et, bien sûr, on n’a pas de réseau filaire dans le reste du Canada, et ainsi de suite.
Mais je pense tout de même que c’est la logique qu’on a suivie. Et comme on n’a cessé de le mentionner, au relancement de la marque Freedom, qu’on a conservée, vous vous en souvenez, on s’était posé la question : devrait-on conserver la marque Freedom, lancer une nouvelle marque ou la renommer? Et le niveau de connaissance de Freedom était si élevé qu’on avait estimé qu’il était préférable de se battre et de rebâtir la marque, parce qu’elle était déjà bien connue du public.
Bien sûr, beaucoup avaient une mauvaise image ou une mauvaise expérience de la marque. Mais on savait, ou en tout cas on pensait, pouvoir réussir à changer ça. Et je pense qu’on a réussi en très peu de temps depuis qu’on a racheté la marque.
Et comme ça va continuer, il serait logique pour nous de ne pas avoir à compter sur un écart de prix aussi élevé. En fin de compte, alors qu’on repositionne Fizz et qu’on réussit mieux à faire passer nos clients à un niveau supérieur, comme je l’ai dit, on n’aura plus à compter sur cet écart de prix, à terme.
Tout est dans la définition de « à terme ». Qu’est-ce que ça veut dire exactement? Quelques mois, quelques années? C’est difficile, voire impossible à dire. Mais c’est certainement le plan, la direction qu’on veut prendre. Oui.
VINCE VALENTINI : Pour reprendre ce mot « direction », permettez-moi de vous faire part de quelques-unes de mes prévisions, parce que je sais que vous n’aimez pas donner de conseils, et certainement pas de prévisions pluriannuelles qu’il est sans doute difficile d’élaborer. Mais j’ai calculé que, compte tenu des tendances et du positionnement de Freedom sur le marché, vous devriez être en mesure d’avoir six millions d’abonnés d’ici la fin de 2029.
Et vous devriez avoir un RMPU pas tout à fait à 40 $, mais beaucoup plus proche de 40 $ que les 35 $ ou 36 $ que vous avez actuellement. N’oubliez pas que c’est dans quatre ou cinq ans. Ces chiffres semblent-ils plausibles si tout est conforme à votre plan d’affaires?
HUGUES SIMARD : Oui. Ils ne sont pas invraisemblables. Comme vous l’avez souligné, je suis toujours réticent... On va faire un calcul rapide depuis qu’on a annoncé notre quatrième million d’abonnés, il n’y a pas si longtemps. Je pense qu’on en était à 4 075 000 la semaine dernière, ou quelque chose comme ça. D’après les chiffres que vous venez de me donner, ça signifierait alors l’ajout de deux millions de clients au cours des cinq prochaines années.
Alors, si vous divisez ce total de deux millions, on obtient 400 000 par année, ce qui n’est pas négligeable, ce n’est pas irréaliste. Ce n’est pas impossible. Mais, je pense que... Vince, vous devez convenir que c’est un nombre assez élevé. C’est plus que ce qu’on a déjà fait.
Bien sûr, le taux de désabonnement s’améliore. Le taux de désabonnement était anormalement élevé et inacceptable, et il diminue rapidement. Mais quand même, je pense que... Je devrais peut-être vous répondre que ce n’est pas impossible. Mais ces chiffres restent très audacieux. Oui.
VINCE VALENTINI : Je comprends. J’apprécie votre honnêteté. Je voudrais juste vérifier, vous avez mentionné les dépenses en immobilisations plus tôt et d’autres initiatives que vous avez prises pour améliorer la satisfaction de la clientèle et l’image de Freedom. Peut-on faire le point à l’échelle régionale? La part de marché en Alberta et en Colombie-Britannique demeure assez petite par rapport à celle de l’Ontario. Quand et comment, selon vous, ça peut changer?
Faut-il investir beaucoup plus dans le réseau sur ces marchés, ou développer la distribution des services de détail, ou simplement faire plus de publicité pour faire mieux connaître la marque? Je pense que ce sont deux questions distinctes. Que devez-vous faire et quand pensez-vous pouvoir commencer?
HUGUES SIMARD : Eh bien, il faut faire tout ce que vous avez dit, Vince. Vous connaissez très bien le secteur et vous avez cerné exactement les points sur lesquels, les mesures exactes sur lesquelles on travaille dans l’Ouest. Comme vous le savez, on n’avait pas un budget illimité, et on voulait être disciplinés dans notre relance de Freedom. On a alors décidé, pour plein de bonnes raisons, je crois, en fonction du volume et de la taille du marché, de réorienter davantage nos placements.
Et par là, je veux dire, investir dans tout ce dont vous avez parlé. C’est-à-dire l’amélioration du réseau, bien sûr, faire des dépenses en immobilisations dans le réseau, mais aussi investir dans l’image de marque et la publicité, optimiser les réseaux de détail, le développement des canaux de vente, et ainsi de suite. Investir dans tout ça.
En toute honnêteté, on s’est concentrés sur l’Ontario parce que c’était le marché où on estimait pouvoir avoir des résultats immédiats, parce que, selon nous, et je pense que les chiffres et les faits nous donnent raison, vu qu’on relançait cette marque, il était important pour nous de nous donner un bon élan dès le départ. On estimait qu’il était probablement pertinent de privilégier l’Ontario, et je pense qu’on a bien fait.
Mais comme vous l’avez souligné, notre croissance dans l’Ouest doit être améliorée. Maintenant, on doit poursuivre notre plan. Et il ne s’agit pas nécessairement d’investir davantage. Il faut continuer d’investir, selon nous, au rythme qu’on a eu au cours des derniers trimestres. Mais on doit consacrer un peu plus de temps et d’argent, ou consacrer un peu plus de ces ressources au marché de l’Ouest pour toutes les raisons qu’on vient d’évoquer.
Je veux dire, concernant le réseau, on sait qu’on a peut-être un peu plus de problèmes, des problèmes précis, dans l’Ouest, dans la région de Vancouver et dans d’autres régions de l’Ouest aussi, des problèmes qu’on doit, on s’en occupe, mais on doit les résoudre à l’avenir. On a un plan pour ça, on va y arriver. En plus de l’image de marque, comme vous l’avez bien dit, on a l’impression, pour le moment, qu’on n’a peut-être pas été aussi audacieux qu’on aurait dû l’être, pour diverses raisons.
Comme je l’ai dit, c’est toujours cet équilibre entre la rentabilité et la dynamique de part de marché qu’on doit trouver à l’avenir. En gros, on doit se concentrer là-dessus. Je ne pense pas que ce soit, on n’a pas reçu de retour négatif sur la situation dans l’Ouest, dans le sens où Freedom a les mêmes résultats dans l’Ouest qu’en Ontario. Mais on n’a pas été aussi audacieux dans nos placements. Et on doit corriger ou modifier ça à l’avenir.
VINCE VALENTINI : Dernier sujet : dépenses en immobilisations et infrastructure. Vous avez déjà mentionné quelques investissements dans le réseau. Peut-on avoir une vue d’ensemble des dépenses totales en immobilisations? Certains soutiennent évidemment que vos dépenses sont trop faibles et que vous devez augmenter considérablement le budget de 600 millions de dollars consacré à l’ensemble de votre segment des télécommunications cette année.
Pouvez-vous nous donner un chiffre, y aura-t-il une augmentation des dépenses en immobilisations au cours des prochaines années? Et quand vous pensez à une augmentation, envisagez-vous de passer de 600 à 700, ou à 800 ou 900 millions de dollars à un moment donné pour construire des sites de téléphonie cellulaire, étendre le spectre, développer votre présence en tant qu’opérateurs de réseau mobile virtuel dans les régions que vous couvrez et pour tout ce que vous devez faire d’autre sur votre réseau de câblodistribution?
HUGUES SIMARD : On a déjà commencé. Comme on l’a déjà dit, oui, il y aura une augmentation. On n’a jamais hésité à... on pense avoir fait preuve d’efficacité. Certains ont dit qu’on n’investissait pas assez. On a considéré que notre montant d’investissement était juste, sans doute un peu plus efficace que celui de nos concurrents et nous permettant de tirer un meilleur rendement de nos placements.
Mais on n’a jamais hésité à dire que, oui, avec Freedom, il était important pour nous de continuer à investir dans la couverture du réseau, plus de 100 sites seront ainsi ajoutés au cours des prochains trimestres ou des suivants. Alors, oui, nos dépenses en immobilisations et notre densité continueront d’augmenter, comme c’était déjà le cas cette année par rapport à l’an dernier.
Mais comme je l’ai déjà dit, Vince, on ne prévoit pas de changement d’échelle soudain et important. On compte augmenter progressivement nos dépenses au cours des prochaines années. Et ces 600 millions, qui seront probablement un peu plus élevés, selon les indications qu’on avait données cette année, le total sera probablement un peu plus élevé que ça.
Et il devrait augmenter aussi en 2025. Et on donnera peut-être des indications pour les prochains mois. Mais il n’y aura pas d’augmentation brutale et importante. Il devrait plutôt s’agir d’une augmentation progressive et continue entre les années 2023, 2024 et 2025, et probablement lors des années suivantes, alors qu’on vise l’objectif de 3 500, voire 3 800 abonnés et qu’on ajoute des centaines de sites, comme je l’ai déjà mentionné, de l’Ontario jusqu’à la Colombie-Britannique.
VINCE VALENTINI : Enfin, en ce qui concerne les infrastructures, certains de vos pairs en ont beaucoup parlé et ont même commencé à conclure des ententes pour monétiser certaines parties de leur infrastructure de réseau. Est-ce quelque chose qui est prévu aussi pour Québecor, ou estimez-vous que votre bilan ne nécessite pas d’envisager ce type de montage financier?
HUGUES SIMARD : Pour vous répondre, Vince, je vais reprendre exactement ce que vous venez de dire, vos derniers mots. On considère honnêtement ces ententes sur les infrastructures comme des montages financiers. On estime qu’à ce stade-ci, et ce que je m’apprête à dire, évidemment, peut évoluer au fil du temps, mais pour le moment, on constate que notre bilan est assez stable. Nos flux monétaires demeurent très solides.
On est très près de notre objectif en matière d’endettement. Et on a dit au marché et à nos agences d’évaluation du crédit que le seuil de trois ans sera le moment où on exercera nos activités dans des conditions confortables. Et on y est presque. Il reste encore un peu de désendettement à faire au cours des prochains trimestres.
Mais après ça, à ce stade-ci, il nous semble que... Pour être honnête, on n’a peut-être pas pris le temps de bien étudier ces opérations de montage financier, et j’aurais dû le faire aussi. Mais pour le moment, j’ai l’impression qu’il n’y aura pas de baisse. Au contraire, ça augmenterait le coût du capital.
Pour le moment, je dirais qu’on ne ressent pas le besoin ou l’envie d’envisager ce type d’opération. Mais je pense qu’il serait idiot de notre part de ne pas étudier la question et d’aller un peu plus loin, ce qu’on fera certainement dans un certain temps.
VINCE VALENTINI : Eh bien, Hugues, cette conversation sur le secteur canadien des télécommunications, surtout sur le marché des services sans fil, était très intéressante. Je vous suis très reconnaissant d’avoir pris le temps de nous faire part de vos observations pour essayer de décortiquer ensemble certaines des tendances et de la dynamique actuelles. Merci beaucoup de votre participation.
HUGUES SIMARD : Merci à vous, Vince. Et c’était très intéressant, et si je peux me permettre de le dire, je pense que la situation va continuer d’être intéressante. Je pense que la dynamique évolue, comme vous l’avez souligné vous-même, depuis la première réaction du marché au moment où on a acheté Freedom, une réaction qui a été immédiate. Et je pense que les choses continueront d’évoluer dans le bon sens à l’avenir.
C’est un bon marché. Nombreux sont ceux qui nous mettent actuellement en garde vis-à-vis de tous les risques potentiels. C’est sûr, il y a toujours des risques en affaires. Mais les services sans fil, quand on voit les gens qui utilisent ces appareils sans fil, comme je l’ai dit, de plus en plus jeunes ou de plus en plus fréquemment, l’utilisation augmente, et le nombre de fonctionnalités, de choses que vous pouvez faire sur votre appareil sans fil, continue d’augmenter.
C’est l’avenir. C’est clairement l’avenir pour nous, et on est très enthousiastes et optimistes quant à la situation actuelle du marché au Canada.
VINCE VALENTINI : Oui.Et merci beaucoup.
PRÉSENTATRICE : Merci d’avoir été des nôtres. Ne manquez pas le prochain épisode du balado Insights de TD Cowen.
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Vince Valentini
Directeur général, Recherche sur les actions, TD Cowen
Vince Valentini
Directeur général, Recherche sur les actions, TD Cowen
Vince Valentini est directeur général dans le groupe Actions institutionnelles de TD Cowen. Il travaille dans le domaine de la recherche sur les actions, couvrant les actions de sociétés de télécommunications, de câblodistribution et d’édition électronique. Il est dans le milieu des télécommunications et des médias à titre d’analyste de recherche sur les actions depuis 1993. Il a été nommé meilleur analyste en télécommunications au Canada en 2006 et en 2012 et a toujours été parmi les quatre meilleurs analystes de ce secteur. Il a également reçu le prix StarMine Canada Analyst du meilleur sélectionneur de titres en 2009 dans les secteurs des télécommunications et des médias, puis à nouveau en 2010 dans le secteur des télécommunications.